Histoire

L’influence Dean Collins : La base de tout …

Il est communément reconnu que le West Coast Swing d’aujourd’hui est une forme « évoluée » du style de Lindy Hop qui était dansé au Savoy Ballroom à Harlem dans les années 30.
Le 26 mars 1926 le Savoy ouvre ses portes à New York, c’est un succès immédiat. Tous les meilleurs danseurs viennent « swinguer » sur la musique des grands orchestres de Jazz. Parmi tous ces danseurs, Dean Collins est celui qui à fortement influencé le développement du style de swing de la cote Ouest des Etats Unis.

Dean CollinsCollins quitte New-York pour Los Angeles en 1937, et emporte avec lui « SA » version du Savoy style. Après quelques temps, et avoir fait le tour de beaucoup de night clubs, Dean Collins commence à être vraiment reconnu comme un très bon danseur. Les danseurs locaux s’intéressent à son style, et diront « qu’ils n’ont jamais vu ce type de swing auparavant, mais que cela leur plait bien » C’était quand même très différent de ce qu’ils avaient l’habitude de faire à l’époque ! La partenaire de Dean, Jewel McGowen, était sans conteste la meilleure et la plus populaire des danseuse de swing du moment, et quand Dean Collins a commencé à gagner régulièrement des concours les autres danseurs ont voulu apprendre son style.
Collins a donc commencé à enseigner « sa version » à Los Angeles et à la diffuser sur la Côte ouest. Il chorégraphie fin 1939 les séquences de danse du film « Let’s Make Music » pour Hollywood, touchant au passage la somme fabuleuse de 100$ par jour ! Sa reconnaissance grandit et il enchaine pas mal de films aux début des années 40, en embauchant beaucoup de danseurs locaux qui avaient été ses élèves, permettant ainsi un développement encore plus grand de ce nouveau style, aussi bien en Amérique qu’en Europe.
Pour la petite histoire, l’industrie Hollywoodienne s’est empressée d’intituler cette danse  » Jitterbug « , et c’est cette forme de swing qui à été diffusée dans le monde entier par les films et par les soldats lors de la deuxième guerre mondiale, donnant naissance au Be-Bop chez nous, puis au Rock’N’Roll plus tard !

Parallèlement à ses films, Dean continue à enseigner ce que lui appelle  » le swing  » à ses élèves, dont les plus connues n’étaient entre autres que Shirley Temple, Ronald Coleman, le célèbre duo d’acteurs Abot et Costello, ou encore Arthur Murray lui même ! Et quand on interrogeais Collins sur la danse qu’il enseignait il répondait à chaque fois :
« C’est du Swing, il n’y a aucun style, seulement le swing ».
Il n’a réellement jamais dit qu’il ‘faisait du Lindy Hop, ou du West Coast ou du Jitterbug … juste du swing.

Du Jitterbug au West Coast Swing

Il est un peu compliqué de savoir ou et quand le terme  » West Coast Swing  » est apparu, mais le rôle joué par les grands studios de danse aux USA est primordial. Il faut aussi bien tenir compte de la mentalité américaine qui veut que tout type de danse enseignée par ces franchises soit méthodiquement décortiquée, organisée et codifiée, afin d’être enseignée de façon identique et homogène dans tous les studios !

Arthur murray studioArthur Murray, le créateur du plus grand studio de danse américain (3560 Franchises au plus fort de sa popularité, 200 aujourd’hui mais dans le monde entier !) embauche Dean Collins vers la fin des années 40 pour enseigner son style de swing dans ses studios de Californie, mais le problème est que chaque franchise à alors son propre style de swing, en fonction des professeur embauchés…
Murray reconnais d’ailleurs dans un livre écrit en 1947 que : « Il y a des centaines de danses régionales du type de Jitterbug. Chaque région du pays semble avoir son propre style« .

A ce moment là, le Jitterbug est de plus en plus critiqué dans les salles de danses sérieuses, à cause des blessures que pouvaient engendrer les kicks, les sauts et autres acrobaties. Au Début des années 50, dans une conversation avec Myra Myron de la salle de danse Myron de Los Angeles, Arthur Murray décrit une variation de cette danse comme plus douce et moins exubérante, nettement plus élégante avec un coté beaucoup plus lisse … et la qualifie de «  Sophisticated Swing « , probablement influencé par le titre de Count Basie enregistré en 1939. Il codifiera plus tard les 8 figures de bases que vous connaissez tous …

haileSimultanément, Murray charge un de ses professeurs de danse, Mme Laurie Haile, de documenter le swing dansé dans la région de Los Angeles, ainsi que les différentes danses du programme Murray. Elle réalise un travail fantastique, prends contact avec Dean Collins ainsi que d’autres danseurs importants, et documente précisément ce qui se faisait à l’époque en Californie. En 1951 elle codifie et unifie les différents styles de swings qui étaient enseignés dans les studios Murray, et nomme cette danse le  » Western Swing « , terme qui va apporter énormément de confusion, notamment avec le genre musical Country Western Swing de Bob Wills, mélange de Blues, de Hillbilly et de Jazz.
Pour ajouter un peu plus à la confusion, depuis le milieu des années 40, la communauté Américaine des Danses de Salon cherchait une forme beaucoup plus simple de swing. Ils s’agissait aussi à l’époque de trouver une forme de danse beaucoup plus « acceptable » pour l’Amérique raciste que la danse basée sur le rythme Afro-américain de si mauvais goût !
Elle invente une forme simplifiée du Swing : baptisée  » East Coast Swing « .
Il s’agit d’une variation plus simple, à 6 temps, avec une structure de pas très simple et privilégiant le cavalier qui était vraiment le centre d’attention du couple.
A Los Angeles, pendant les années 50, la plupart des enseignants dansaient le Western Swing, mais quand les élèves potentiels demandaient ce que c’était, ils leur présentaient invariablement cette danse comme du East Coast Swing, comme cela était fortement recommandé par la très puissante association des Maîtres de Danse Américains. Ils enseignaient alors à leurs débutants la forme la plus facile et la plus politiquement correcte, et beaucoup de danseurs des années 50 ont grandi avec cela comme seule forme de danse swing, puisque c’était la seule autorisée à être enseignée. Ce n’est que plus tard, et uniquement en cours privés, que les professeurs enseignaient à leurs meilleurs élèves le Western Swing.
Avec l’arrivée tonitruante de la musique Rock’n’Roll, Arthur Murray tente un coup marketing au début des années 50 : il essaie de changer le nom Western Swing en  » Rock and Roll Dancing « , une danse ou il est question de Under Arm pass, de Whip et de Sugar-push ! Les danseuses doivent faire 2 pas en avant sur les comptes 1 et 2, et il décrit précisément les Coaster Step et Anchor Step.
C’est paradoxalement un gros échec, le public visé n’adhérant pas du tout aux règles imposés (Ah, le Rock’N’Roll et son esprit de révolte !) par les danses de couples et l’enseignement dans les studios de danse, et le nom est tout simplement abandonné. Les studios Murray reviennent alors à l’enseignement du traditionnel Western Swing, ce qui est en fait la même chose !
Les début des années 60 à presque vu la disparition des danses swing, avec notamment l’arrivée et la démocratisation de la télévision ! La plupart des gens ne sortaient plus vraiment pour aller danser et préféraient rester chez eux pour regarder cette nouveauté, et l’arrivée d’une autre danse solo, le Twist, à bien failli porter un coup fatal aux danses en couples, beaucoup plus structurées. Une génération entière d’américain à ainsi grandi sans aucune idée des danses de couples, mais heureusement il existait toujours un petit groupe de danseurs de swing qui continuaient à transmettre leur passion quand ils le pouvaient …
En 1958, un évènement va tout déclencher : La création d’une nouvelle école de danse à Downey en Californie, par une revenante dans le milieu du Swing : Skippy Blair, une ancienne danseuse (à l’époque elle n’avait pas 30 ans !) de swing qui avait un peu laissé tomber la danse après avoir été enseignante dans les studios Murray.
Elle ouvre sa première école et commence à enseigner, à former des danseurs, des compétiteurs, et finalement des professeurs. Elle deviendra plus tard très influente dans l’enseignement, la codification et le développement de la danse, et va créer en 1968 le GSDTA, le Golden State Dance Teachers Association. Les meilleurs américains travaillant toujours avec elle de nos jours, à tel point qu’elle à un surnom évocateur : Maitre Yoda !
Elle enseigne alors le Western Swing, mais le terme porte à confusion dans l’esprit des élèves avec le Country Western et le Country Western Swing.
Cherchant logiquement à distinguer cette danse de l’East Coast Swing, elle utilise le terme de «  West Coast Swing « , qu’elle reprendra officiellement en 1961 dans ses publicités, puis en 1962 pour une compétition de danse. Est-elle la première à l’utiliser ? probablement pas, mais elle est incontestablement celle qui va populariser le nom.
Le West Coast Swing est né, même si il à déjà pas mal d’ancienneté.